Une sœur artiste - Lori Robinson

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Une sœur artiste

Une sœur artiste - Lori Robinson

L’art avait fini par prendre une très grande place dans la vie de ma plus jeune sœur. Elle se voyait simplement, et uniquement vivre de ses toiles. Nous avions nous tous dans la famille, pris pour devoir de la convaincre de s’essayer dans d’autres domaines, ou de trouver une branche artistique un peu plus lucrative, qui lui aurait permis de vivre sans avoir à craindre un manque à gagner, ou une certaine dépendance. C’était comme parler à un mur. Mon père avait largement participé à ce qu’elle se sente assez forte dans le domaine de la peinture, en se ruinant pour lui acheter tout le nécessaire du peintre en herbe, pour finir par aller lui chercher jusqu’au pigment le plus rare. Ce n’était pas que cette complicité nous gênait. C’était simplement que l’on ne comprenait pas qu’il puisse l’accompagner vers un avenir, dont l’incertitude nous paraissait plus que flagrante. Nous n’étions aux yeux de notre petite sœur, que de simples rabat-joie. Elle revenait un jour, avec plusieurs pamphlets dans la main, qu’elle nous distribuait pour que nous en fassions, nous aussi, une distribution auprès de nos proches, que ce soit nos amis, ou nos collègues de travail, pour venir voir son travail artistique dans une des galerie d'art Montréal.

C’était le jour J. Le jour où nous allions tous avoir la possibilité de voir le travail de ma petite sœur, en compagnie de personnes que nous ne connaissions absolument pas. Ma mère fut très étonnée de voir des journalistes de la télévision présents. Il y en avait un avec une caméra pour interviewer ma sœur, pendant qu’une autre personne présentait ses toiles. Il y avait des personnes importantes de plusieurs écoles artistiques du Québec, ainsi que deux critiques d’art étrangers, qui s’intéressaient particulièrement à la nouvelle mouvance artistique de la jeunesse québécoise. Mon père était gonflé d’orgueil. Un peu plus, et il éclatait. Il n’arrêtait pas de sous-entendre qu’il avait été le seul à croire en elle, et qu’il avait tout fait pour qu’elle réussisse dans ce domaine. Il nous montrait presque du doigt, comme pour nous dénoncer comme de vulgaires jaloux. Il était tellement excité, que quand le journaliste arriva vers lui avec sa caméra pour lui demander de dire quelques mots, il bafouilla tellement, que tout ce qu’il disait était inaudible. Il y eut plusieurs discours avant que ma sœur ne prenne le micro pour s’exprimer. Elle nous remerciait tous, nous, sa famille de lui avoir donné le goût de se dépasser, et d’arriver à ce qu’elle était devenue aujourd’hui. Mon père, à ces mots, dégonfla comme un ballon de baudruche. L’orgueil n’a pas sa place partout.