Une façon d’argumenter - Lori Robinson

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Une façon d’argumenter

Une façon d’argumenter - Lori Robinson

Quand j’ai tort, je m’incline. Quand j’ai tort… Autrement, je pense que j’ai tous les droits de dire ce que je pense, et particulièrement, quand il s’agit de ma famille. Je m’explique. Ma jeune sœur était en pleine année d’examen. Si elle décrochait son diplôme, elle pouvait espérer faire une très grande carrière d’avocate. Un mois et demi avant son fameux passage à l’examen, elle décidait de partir avec quelques-uns de ses amis pour se défouler sur une plage américaine. Elle quittait Montréal avec juste un baluchon. Elle demandait à ma mère de lui prêter un de ces bikinis. Elle revenait quelques jours plus tard avec une augmentation mammaire qui nous avait tous fait garder la bouche ouverte pendant plus d’une demi-heure. Un peu, on se décrochait tous la mâchoire. On se demandait vraiment ce qu’elle était partie faire là-bas. Elle nous racontait qu’elle avait tout simplement perdu un pari. C’est à ce moment-là où ma mère garda la bouche ouverte encore plus longtemps. Je commençais tout de même à trouver la situation un peu comique. Comme il faisait chaud, elle décidait d’aller dans le jardin en bikini profiter de ses derniers moments de congés avant l’examen final.

Lorsque ma sœur descendait avec le maillot de bain de ma mère, ce qui servait autrefois de haut de bikini, n’était plus que de petites pièces de tissus maintenant. Mon père ne fit qu’un bon quand il la vit descendre les escaliers. Il sortait en grommelant je ne sais quoi qu’il valait mieux ne pas comprendre. À la fin du mois, ma sœur réussissait ses examens, haut la main à la grande surprise de tout le monde. Elle avait demandé quelques sous à mes parents pour se faire faire plusieurs tailleurs à sa taille. On ne pouvait pas en vouloir aux sociétés de confection de ne pas faire des tailleurs à la taille de sa nouvelle poitrine. E ? F ? Je ne sais plus vraiment. Il est d’usage de prévenir les nouveaux avocats qu’il est presque impossible de gagner son premier procès. Elle le gagnait tout de même. Elle avait quelques arguments poitrinaires qui pouvaient faire dévier les avis et les jugements. Je ne savais si elle allait apposer toute sa carrière dans le droit grâce à sa poitrine, mais apparemment, cela s’avère être très efficace. À croire que la vie de certains ne tient qu’à peu de chose. Quand on dit que la justice est aveugle…