Un futur couple à éviter - Lori Robinson

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Un futur couple à éviter

Un futur couple à éviter - Lori Robinson

Quelques mois après le divorce de mes parents, ma mère nous avait ramené un drôle de bonhomme. Je ne savais rien d’autre de lui, si ce n’est qu’il était dentiste Côte-Vertu, et qu’il avait déjà divorcé quatre fois. En première apparence, il n’y avait rien à dire, ni à critiquer. Un homme tout à fait normal, enfin, selon certains critères. C’est au moment du repas que les choses prenaient leur contenance. À peine passions-nous au dessert, qu’il ramena sa fraise, avec sa science d’arracheur de dents. Du fil dentaire, jusqu’à la dévitalisation du nerf, tout y passa. Il était arrivé en quelques minutes, à me faire dégoûter de mon dessert préféré. Quelle calamité !

Nous passions au salon pour faire connaissance, d’une manière beaucoup plus approfondie. Nous n’avions passé que le cap de la mastication. Il nous fallait maintenant nous farcir la glissade aux enfers des aliments dans l’estomac, pour continuer à écouter toute la poésie de la bouche de cet homme, à propos de la digestion. Au bout de 10 minutes, j’en avais la bile qui bouillait. Tout le repas se transformait en un magma volcanique, prêt à s’extirper par toutes les évacuations possibles. Même le café, qui d’habitude est très bon, finissait par avoir un arrière-goût, à cause de l’humeur âcre que repoussaient toutes mes entrailles vers le haut, sur l’ordre de mon cerveau, qui criait que la coupe était pleine. Voilà comment on peut perdre un après-midi complet, dans les toilettes.

Nous étions tous invités à aller chez, lui la semaine suivante. Malgré toutes les comédies que j’inventais pour pouvoir me soustraire de l’invitation, ma mère trouva tous les arguments pour m’y obliger. Je mettais deux cachets effervescents dans ma poche, au cas où nous aurions droit à une thèse sur les selles. À peine, étais-je à l’intérieur de sa maison, qu’il m’ouvrait la bouche toute grande, pour voir l’état de ma dentition. Il faisait des mmh ! Comme l’aurait fait un tortionnaire en se frottant les mains au regard de sa joie future à pratiquer quelques tortures. Je refermais la bouche, et reculais d’un pas. Je regardais ma mère, comme pour lui faire comprendre qu’il allait un peu trop loin. Il me rouvrit la bouche une seconde fois. J’avais l’impression qu’il avait envie de voir la couleur de mon slip en passant par ma gorge. Je le repoussais vivement, au point de quasiment le faire tomber. Ma mère alla vers lui pour excuser mon comportement. À la vue de cette chose, je claquais la porte. J’allais vivre définitivement chez mon père.